Si vous avez une fille, j’ai une question simple à vous poser.
Souhaitez-vous qu’elle puisse choisir son métier en fonction de ses talents, de ses intérêts, de ses aspirations et de la contribution qu’elle souhaite apporter à sa communauté ?
Je pense que la réponse est assez évidente.
Nous voulons offrir à nos enfants le plus de possibilités possibles. Nous voulons qu’ils puissent découvrir, essayer, apprendre et choisir. Et surtout, nous ne voulons pas qu’ils écartent une possibilité simplement parce qu’ils pensent : « Ce milieu-là n’est pas pour moi. Ce métier-là, ce n’est pas pour moi. »
C’est vrai pour les travaux publics, mais c’est tout aussi vrai pour n’importe quel autre domaine. Nos filles comme nos garçons devraient pouvoir envisager un métier pour ce qu’il leur permet d’apprendre, d’accomplir et de contribuer, et non l’écarter parce qu’ils ne s’y sentent pas attendus.
Pourtant, encore aujourd’hui, certaines femmes hésitent à se diriger vers des domaines traditionnellement masculins, comme celui de l’entretien et des travaux publics. Et certains parents peuvent eux aussi, parfois inconsciemment, hésiter à encourager leurs filles à explorer ces avenues.
La question ne consiste donc pas seulement à savoir comment attirer davantage de femmes. Il faut aussi leur permettre, dès le départ, d’envisager ces métiers comme de véritables possibilités.
Une fois cette possibilité ouverte, une autre question se pose : quelles conditions devons-nous créer pour qu’elles aient envie de venir, mais surtout de rester et de contribuer ?
C’est là que la notion de protection prend, pour moi, toute son importance.
Ouvrir la porte ne suffit pas
On peut inviter les femmes, leur dire qu’elles sont les bienvenues, mettre en place des objectifs, des politiques et des campagnes de sensibilisation. Tout cela est nécessaire. Mais si, une fois la porte franchie, l’environnement ne leur permet pas de se sentir suffisamment en sécurité pour apprendre, poser des questions, exprimer une idée, signaler une difficulté ou simplement être elles-mêmes, avons-nous réellement créé un milieu inclusif ?
La protection ne signifie pas empêcher les difficultés, les désaccords ou les défis. Elle consiste plutôt à créer un environnement dans lequel une personne sait qu’elle peut évoluer et contribuer sans avoir constamment à se protéger elle-même.
Dans mon travail, j’aime ramener cette notion de protection à trois éléments très concrets : la clarté, le soutien et la présence.
La clarté, d’abord.
Quelles sont les règles du jeu ? Qu’attendons-nous les uns des autres ? Quels sont les rôles, les tâches et les responsabilités de chacun ? Quels comportements sont acceptables et lesquels ne le sont pas ? Que se passe-t-il lorsqu’une limite est franchie ?
Ce qui est clair sécurise. Ce qui demeure implicite oblige souvent les personnes à deviner, à s’adapter et parfois à se taire.
Le soutien, ensuite.
Accueillir quelqu’un dans une équipe ne suffit pas. Il faut aussi lui donner les outils pour réussir. Et lorsqu’une difficulté apparaît, cette personne doit savoir qu’elle ne sera pas laissée seule pour la gérer.
Le soutien se manifeste dans les équipements disponibles, dans l’accompagnement, dans l’écoute, mais aussi dans la capacité d’un gestionnaire ou d’un collègue à intervenir lorsque c’est nécessaire.
Et enfin, la présence.
Une politique, aussi excellente soit-elle, ne remplacera jamais les comportements quotidiens.
Être présent, c’est regarder ce qui se passe réellement dans son équipe. C’est rester curieux : poser des questions, écouter les réponses, chercher à comprendre et observer ce qui n’est parfois pas dit. Et surtout, agir lorsque quelque chose doit l’être.
Créer les conditions du possible
C’est aussi ce qui m’interpelle dans la démarche TPartantes portée par TPQuébec.
L’objectif n’est pas de convaincre toutes les femmes de travailler dans les travaux publics. Ce serait passer à côté de l’essentiel. L’objectif est plutôt de faire en sorte qu’une femme qui possède l’intérêt, les aptitudes et l’envie de contribuer dans ce domaine puisse véritablement l’envisager comme une possibilité. Une fois dans le milieu, elle doit aussi trouver les conditions nécessaires pour pouvoir y évoluer.
Attirer les femmes dans le domaine est une première étape. Créer les conditions pour qu’elles s’y sentent accueillies, soutenues et qu’elles aient envie d’y rester est tout aussi essentiel. Alors peut-être pouvons-nous revenir à notre question de départ.
Si c’était votre fille ? Que souhaiteriez-vous qu’elle trouve lorsqu’elle franchit la porte de son futur milieu de travail ?
Probablement ce que nous souhaitons tous trouver : un environnement dans lequel nous pouvons apprendre, contribuer, évoluer et être reconnus pour ce que nous apportons.
Cette notion de protection est au cœur de mon nouveau livre, Briller en Soi | Ensemble. Parce qu’avant de demander aux personnes d’oser, de contribuer et de déployer leur potentiel, nous avons aussi une responsabilité collective : créer les conditions qui leur permettent de le faire.
Je te vois. Tu comptes.
De cœur à cœur,

Zarah Issany, Conférencière, Auteure, Coach, Formatrice, Stratège en leadership humain et animatrice du balado TPartantes