Pourquoi certaines propositions font-elles leur chemin dans une organisation, alors que d’autres, pourtant excellentes, voire nécessaires, semblent se heurter à des murs invisibles? Pourquoi est-ce parfois si difficile de rallier les gens, même lorsqu’on est convaincu de la pertinence de notre idée?
Car l’expertise ne suffit pas. Pour faire avancer les choses, il faut aussi prendre le temps de bien comprendre ce qui se joue autour de nous et savoir mobiliser les personnes-clés.
C’est ce que nous avons exploré le 14 octobre dernier, lors de ma conférence au Colloque annuel de l'Association des travaux publics du Québec (TPQuébec). Voici quelques pistes de réflexion pour voir les situations autrement et agir avec davantage d’impact.
Deux compétences qui se nourrissent l’une l’autre
La pensée stratégique est une compétence cognitive : avoir une vision globale de son organisation et de son écosystème pour prendre des décisions qui créent de la valeur à long terme. L’influence est une compétence relationnelle : obtenir l’adhésion et l’engagement des autres envers une idée, sans s’appuyer sur son autorité formelle.
L’une sans l’autre donne des résultats limités. Une excellente stratégie que personne n’appuie reste sur papier. Une grande capacité de persuasion au service d’une idée mal réfléchie peut faire avancer… dans la mauvaise direction!
Et sachez que j’ai moi-même longtemps cru que manipuler et influencer étaient synonymes. FAUX. La différence? L’intention! Influencer vient avec une intention noble, pour le bien de la Ville, alors que manipuler vise son bien individuel.
Considérer la face immergée de l’iceberg
Penser stratégiquement, c’est réaliser que ce que l’on voit facilement n’est que la pointe de l’iceberg. Il faut donc prendre de la hauteur (ou de la profondeur pour voir sous l’eau ;)) pour voir ce qui se cache réellement derrière un enjeu.
C’est aussi reconnaître que l’historique entre deux services, la culture organisationnelle, les priorités concurrentes, les préoccupations d’un gestionnaire ou le contexte politique pèsent dans la balance. Tout cela est bien réel, même si personne ne le nomme.
Bref, le problème officiel n’est pas toujours toute l’histoire!
Lire la situation permet d’anticiper les obstacles, de repérer les occasions et de choisir son approche. Car on peut tout faire, mais pas tout en même temps! Penser stratégiquement, c’est aussi faire des choix… et accepter de renoncer.
On ne porte pas tous les mêmes lunettes
Autre piège classique : croire que les autres voient la situation comme nous.
Prenons un exemple. Vous voulez implanter un nouveau système de gestion des requêtes citoyennes. La DG veut savoir ce que ça règle et quand. Le trésorier veut des chiffres. Le contremaître se demande ce que ça va changer pour son équipe. Et l’élu, lui, pense aux citoyens qui l’appellent le soir!
Même projet. Quatre paires de lunettes.
Si vous présentez votre dossier de la même façon à tout le monde, vous risquez de convaincre une seule de vos parties prenantes… celle qui pense déjà comme vous!
Il est donc primordial de se demander : Qu’est-ce qui compte pour cette personne? De quoi a-t-elle besoin pour comprendre, être en confiance et dire oui? Parfois, un simple ajustement dans notre approche vaut bien plus qu’un argument de plus.
Crédible… mais visible?
En dernière partie de la conférence, nous avons réfléchi aux quadrant crédible/visible. Quel est votre niveau de crédibilité globale ou sur un sujet spécifique? Quel est votre niveau de visibilité? L’objectif est d’être dans le quadrant crédible ET visible.
La crédibilité repose sur l’expertise, la connaissance et la compétence qu’on a sur un sujet. Mais sans visibilité, elle limite grandement notre influence.
En même temps, être visible, si on n’est pas reconnu comme crédible, c’est risqué. La perception finit toujours par nous rattraper.
L’objectif n’est donc pas de faire plus de bruit. C’est de contribuer au bon endroit, au bon moment, de la bonne façon.
Petite question pour vous : où vous situez-vous aujourd’hui? Et vos équipes?
Avant votre prochaine décision importante
Prenez quelques secondes pour vous demander :
- qu’est-ce qui se joue vraiment ici, au-delà du problème visible?
- qui est concerné et qu’est-ce qui compte pour ces personnes?
- est-ce le bon moment?
Simple? En apparence! Toute la difficulté, et tout l’intérêt, est de savoir quoi observer, comment lire les signaux et quand agir. La bonne nouvelle : ça se développe.
Penser stratégiquement, c’est voir plus loin. Agir avec influence, c’est avancer avec les autres. Les deux ensemble? C’est là que ça devient vraiment intéressant!
Si le sujet vous interpelle et que vous aimeriez poursuivre la réflexion avec vos équipes, autour de cette conférence ou d’un autre projet, je serai heureuse d’en jaser avec vous!

Patricia Piuze, PCC, PMP, Prosci
PP Services-conseils et animatrice des tables en amélioration continue de TPQuébec